Présentation

Le nom de Collioure est intimement lié à l’histoire de l’art du XX° siècle, grâce aux passages constants d’artistes, commencés par celui de Signac à la fin du XIX° siècle qui ouvre la voie à la venue de Matisse et Derain en 1905. C’est pendant cet été là que Matisse et Derain, ensemble, élaborent le mouvement fauve, dans cette petite ville qui, depuis lors, est un référent international et un marqueur en matière d’histoire de l’art.
Entre 1906 et 1914, séjournent à Collioure : Henri Matisse, André Derain, Louis Valtat, Henri Manguin, Albert Marquet, Maurice Vlaminck, Georges d’Espagnat, Georges-Daniel de Monfreid, Etienne Terrus, Max Jacob, Charles Camoin, Juan Gris, Jean Peské…

La guerre de 1914 met fin à ces séjours.

Dès 1917, d’autres artistes fréquentent la ville où reviennent pour des séjours de travail, beaucoup d’entre eux en provenance de l’Europe entière : Henri Martin, Henri Marre, Vergé Sarrat, Jean Peské, Valtat, Brayer, Krémègne, Foujita, Loutreuil, Augustin Hanicotte qui lui, marquera son passage par l’apprentissage du dessin aux enfants de la ville.

Léopold Survage fréquentera Collioure entre 1925 et 1932, Albert Marquet, lui, reviendra en 1940.

La deuxième guerre mondiale provoque l’exode de plusieurs artistes qui viennent se réfugier dans le sud de la France, et notamment à Collioure. Ce fut le cas d’Edouard Pignon, de Raoul Dufy… puis, après la guerre, de Mucha, Desnoyer, Vivès, Giner, Descossy, Perrot, Poncelet…

L’empreinte de ces créateurs pendant tout le XX° siècle place Collioure dans le peloton de tête des villes artistiques dans le monde.
Nous devons au peintre Jean Peské d’origine russe (1870-1949), qui fréquente Collioure depuis le tout début du XX° siècle, la constitution initiale du fonds du musée en 1934, présentée dans une salle de la mairie.

La collection comptait alors 190 œuvres – toiles, dessins et lithographies – offertes par ses amis artistes, dont notamment des œuvres de Valtat, d’Espagnat et Brayer.

Mais, dans les années soixante, dix ans après la disparition de Jean Peské, la mairie est réaménagée, et les œuvres cessent d’être présentées. Les collections ne peuvent plus s’accroître jusqu’au début des années 1980.

L’association des Amis du musée voit alors le jour et incite la municipalité à ouvrir le musée dans la villa de l’ancien sénateur Gaston Pams, permettant dans le même temps d’en sauver la magnifique colline, aujourd’hui reconvertie en parc public.

Le fonds actuel du musée rassemble des collections d’art moderne et d’art contemporain et s’est considérablement développé grâce aux donations, legs, dépôts et acquisitions. Aujourd’hui, le musée compte près de 1 400 œuvres, il s’est enrichi de la collection de la Casa Rosselló, des dons d’artistes comme Claude Viallat, Joan Brossa, Dominique Gauthier, Jacques Capdeville, Anne-Marie Pêcheur, Serge Fauchier, Jean Capdeville, Guy Jouanin, François Martin, Rafa Forteza…, de donations très importantes comme celle de Balbino Giner, ou de legs comme celui de Julien Py, de dons de collectionneurs comme celui d’Henri Marre, de dépôts de la collection des Templiers de Collioure, et enfin, de belles acquisitions : Léopold Survage, Henri Martin, Pierre Brune, André Masson, Henri Matisse, Augustin Hanicotte, Jean Peské…

L’accroissement des collections et leur étude sont la priorité du musée. C’est ainsi que depuis sa réouverture en 1985, le musée n’a cessé de produire des expositions historiques ou d’art contemporain qui lui ont permis de donner à lire au grand public la magistrale histoire de Collioure en matière d’histoire de l’art, à travers les œuvres exposées et les publications réalisées.

J. Matamoros

HISTORIQUE

La Villa Pams

Le ‘‘château Tiné’’

Le 4 février 1874, Joseph Clara, propriétaire, achète à Joseph Nondedeu-Durand, négociant, une terre agricole à bâtir dans le quartier appelé du Boutigué. Ce terrain est bordé par l’ancienne église servant à l’époque de magasin d’artillerie.
La construction de cette belle demeure et de ses dépendances intervient probablement entre 1875 et 1892.
Elle devient ensuite la propriété de la fille de Joseph Clara, Marie, épouse de Louis Tiné de Massia, qui a donné son nom d’usage à la demeure, souvent nommé « château Tiné » par les colliourencs.

Le ‘‘château de Collioure’’

Le fils de Marie, Joseph Désiré Tiné de Massia, vend la maison le 7 décembre 1927 à un couple d’anglais domicilié à Londres, Montagu Snéade Monier-Williams et Cicely Hilda Farmer. Quelques jours auparavant, le 2 décembre 1927, le cloître des Dominicains était acheté par une antiquaire de Perpignan pour être vendu à un autre riche anglais, Réginald Wright.
Le « château de Collioure » est fortement remanié. Ses
tourelles disparaissent, son toit à double pente est remplacé par un toit terrasse, un clocheton comme un clin d’œil au clocher de Collioure est édifié. Le luxe un peu clinquant de la demeure s’efface au profit d’une bâtisse plus conforme au style architectural du pays, faisant la part belle aux matériaux locaux (schiste, ferronnerie, céramiques catalanes). Le 12 février 1942, sous l’Occupation, le couple est exproprié pour les besoins du département de la Marine. La rétrocession du « château » intervient le 23 décembre 1946. 

La ‘‘villa Pams’’

L’année suivante, le 13 décembre 1947, Hilda Cicely vend la maison dégradée par l’occupation allemande à Gaston Pams. A l’emplacement de la vigne, Gaston Pams plante un jardin d’essences méditerranéennes composé essentiellement d’oliviers et de cactées.
Il vend cette belle demeure à la ville de Collioure au début des années 80 pour y abriter son musée d’art, en sommeil depuis de nombreuses années. En 1985, le nouveau musée ouvre ses portes au sein de la « villa Pams », entouré de son parc méditerranéen de 4 hectares et ornée de sa gloriette néo-mauresque.
Et le 19 décembre 1997, après un exil de plus de 60 ans, le cloître des Dominicains revient à Collioure pour être installé dans le jardin du musée, à proximité immédiate de son emplacement d’origine.

Le cloître des Dominicains

Une histoire mouvementée

XIVème siècle
A l’origine accolé à l’église des Dominicains toute proche, le cloître fût élevé dans le 1er quart du XIVème siècle. Sous le Royaume de Majorque, Collioure est une cité prospère. Guillaume Puig d’Orfila, ami et conseiller du roi Jacques 1er, offre aux Frères Prêcheurs une maison avec terrain au Port d’Avall. En 1290 a lieu la fondation officielle du Couvent des Dominicains à Collioure.

XVIIIème siècle
Les religieux vivent dans le couvent jusqu’à la Révolution tout en cohabitant depuis les premières années du XVIIIème siècle avec les militaires, Collioure étant devenue ville de garnison au lendemain du Traité des Pyrénées (1659). Après la Révolution Française, l’armée s’approprie l’église, devenue Bien National, et vend les autres bâtiments dont le cloître.

XIXème siècle
A la fin du XIXème siècle, l’ancienne galerie du cloître sert d’atelier de salaison d’anchois et de cave à vin.

XXème siècle
L’église est achetée en 1926 par les vignerons pour être transformée en cave coopérative. Le cloître est acquis en 1927 par une antiquaire de Perpignan, Jane Alquier, qui le vend en 1931 à un riche anglais, Réginald Wright. Ce dernier remonte 14 arcades dans sa propriété d’Anglet (Pyrénées-Atlantiques) mais, sans protection face au vent, les arcades se dégradent lentement.
En 1992, la Ville de Collioure rachète ce qui reste du cloître, à savoir 9 colonnettes géminées et un pilier. Le 19 décembre 1997, après un exil de plus de 60 ans, le cloître revient dans la petite cité catalane et est installé dans le jardin du musée, à proximité immédiate de son emplacement d’origine.

Un cloître gothique

Des colonnes élancées
Les colonnes et les chapiteaux sculptés sont taillés dans du marbre blanc de Céret. Tout en légèreté, son style est caractéristique des cloîtres gothiques catalans et languedociens. Il est sûrement le fruit d’un des premiers ateliers gothiques du Roussillon, et se rapproche des cloîtres de Saint-Martin du Canigou et de Saint-Genis des Fontaines.

Un herbier de marbre
D’un point de vue iconographique, les poissons-sirènes à queue bifide et les têtes monstrueuses avalant une proie reprennent des motifs qui apparaissent dès le XIIème dans les cloîtres de Saint-Michel de Cuxa ou de Serrabone.
La végétation sculptée est à Collioure particulièrement riche : figuier, marronnier, chêne, vigne et liseron grimpent le long des corbeilles cubiques. C’est également à Collioure qu’apparaissent les premières feuilles véritablement naturalistes, annonçant en cela une tendance venue du nord.